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Un homme tué à Bunzi après avoir été accusé de sorcellerie. Photo: Tresor MALU

Beni : le magazine Nguzo ya mabadiliko sensibilise contre le recours à la justice populaire

À Beni, ville meurtrie par des années d’insécurité, le recours à la justice populaire ne cesse de gagner du terrain. Accusations de sorcellerie, soupçons de complicité avec des groupes armés ou simples vols : des rumeurs suffisent désormais pour déclencher des lynchages. Dernier exemple en date, de jeunes hommes ont échappé de justesse à la mort, au quartier Tamende, après avoir été faussement accusés d’appartenir à un groupe armé le 17 septembre dernier.

Ce phénomène, largement dénoncé par les participants aux dialogues démocratiques organisés récemment par SOFEPADI dans le cadre du programme RESET–Nguzo ya mabadiliko financé par le gouvernement britannique à travers FCDO, constitue le principal dossier du magazine du mois de novembre.

Une dérive alimentée par l’insécurité et la méfiance envers la justice

Dans les communes de Mulekera et Beu, les échanges entre jeunes, autorités et organisations de la société civile ont révélé la profondeur de la crise. Beaucoup estiment que la chaîne pénale — police, parquets, tribunaux — manque d’efficacité et de célérité. La libération rapide de présumés criminels, souvent faute de preuves, alimente la méfiance et renforce l’idée que « la foule fait mieux que la justice ».

« La justice populaire est la manifestation la plus brutale du divorce entre la population et ses institutions », analyse Daddy AZOR, chef de projet RESET chez SOFEPADI. « Nos dialogues, qui seront étendus aux quatre communes de Beni, visent justement à recréer un climat de confiance. Les engagements pris par les jeunes et les autorités doivent être suivis de résultats concrets. »

Les autorités appellent à la raison

Le bourgmestre de Mulekera, le commissaire supérieur NGONGO MAYANGA Dieu donné, visiblement préoccupé par la persistance des exécutions sommaires dans son entité, plaide pour la multiplication des cadres de dialogue. Il estime que seule une sensibilisation continue permettra de faire comprendre aux jeunes les dangers du lynchage et l’importance des mécanismes légaux de dénonciation.

Dans la commune voisine de Beu, le président du conseil de la jeunesse, Michael MUGHEMERI, se dit convaincu que l’ignorance de la loi reste l’un des principaux moteurs de ces violences. « Beaucoup pensent qu’en agissant directement, ils rendent justice. Mais ils ignorent qu’ils aggravent l’insécurité et mettent des innocents en danger », déplore-t-il.

Les jeunes s’engagent à sensibiliser leurs pairs

L’un des acquis majeurs des dialogues est l’engagement des jeunes leaders à devenir des relais de sensibilisation. « Nous avons compris que trop d’innocents meurent sur la base de simples rumeurs. Nous allons accompagner les autorités pour mettre fin à cette pratique », affirme l’un d’eux.

Les experts rappellent que la loi elle-même précise, à l’article 6 du Code de procédure pénale, que tout présumé auteur doit être remis aux services compétents, même en l’absence momentanée d’autorités sur place.

Le magazine Nguzo ya mabadiliko, produit dans le cadre du programme RESET, s’inscrit dans cette dynamique de prévention. Diffusé chaque semaine à Beni sur Radio Télé Rwanzururu, Radio Muungano, Radio Moto Beni et Radio Télé Espoir, il vise à renforcer la culture de paix et de responsabilité citoyenne.

Le programme RESET en bref

RESET est un programme triennal mis en œuvre à Beni et Irumu par un consortium composé de APC, OIM, Justice Plus, CORACON, SOFEPADI et Mercy Corps (lead). Il œuvre pour la consolidation de la paix locale, la redevabilité entre autorités et communautés, et la prévention des violences, dont la justice populaire.

La rédaction

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