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Les participants à la formation sur la négociation basée sur les intérêts, organisée par Mercy Corps à Beni, font un exercice. Par CORACON, novembre 2025.

Cohésion sociale : Ces femmes qui désamorcent les conflits au quotidien

Dans un contexte où les tensions communautaires fragilisent parfois le vivre-ensemble, des femmes se positionnent désormais comme les véritables architectes de la paix. Médiatrices de terrain, responsables d’organisations et expertes formées, elles initient chaque jour des actions qui préviennent et désamorcent les conflits, consolidant ainsi la cohésion sociale.

Les témoignages recueillis dans le magazine Nguzo ya Mabadiliko montrent que les femmes de Beni ne sont pas seulement affectées par les conflits ; elles en sont désormais les actrices majeures de résolution.

Par leur capacité d’écoute, leur proximité avec les réalités familiales et leur engagement communautaire, elles désamorcent les tensions avant qu’elles ne dégénèrent. Depuis cinq ans, Christelle LUKWAMIRWE intervient discrètement dans la prévention et résolution des  différends dans la commune de Beu en ville de Beni.

«Généralement, les conflits naissent d’un malentendu ou d’un manque de communication », explique-t-elle. « Quand deux personnes refusent de s’écouter, la situation peut vite dégénérer. Mon rôle en tant que membre du Comité Locale de Paix et Développement, CLPD en sigle, est de créer un espace où chacun peut s’exprimer sans être jugé, en utilisant les techniques telles que la médiation, le dialogue et la négociation ».

Avec d’autres femmes du quartier, elle organise aussi des causeries éducatives pour sensibiliser les jeunes à la non-violence. Pour elle, l’éducation à la tolérance dans la famille est la première prévention.

Former les femmes aux techniques de médiation.

Coordinatrice de l’ONG One Girl One Leader, Esperance KAZI insiste sur la nécessité de renforcer les capacités des femmes. « Beaucoup de femmes ont un talent naturel pour apaiser les tensions. Mais face à des conflits complexes, elles ont besoin d’outils professionnels », souligne-t-elle.

Son organisation propose des ateliers sur la gestion pacifique des conflits, la communication non violente, les droits humains et le leadership communautaire. Des groupes d’écoute sont également mis en place pour accompagner les femmes confrontées à des situations sensibles.

« Nous leur apprenons à analyser les causes profondes d’un conflit, à garder une position neutre et à orienter les discussions vers des solutions gagnant-gagnant », précise-t-elle.

Intervenant dans le magazine, elle estime qu’investir dans la formation des femmes contribue directement à la stabilité sociale. « Quand une femme est formée, c’est toute la communauté qui en bénéficie. », souligne-t-elle, tout en appelant à préserver la dignité et la confiance en évitant les antivaleurs.

Impliquer les femmes, une stratégie de paix durable

Dans son intervention dans le magazine, Alphonse MUBALYA, spécialiste en gestion des conflits et vice-président du comité de paix et développent CPD Beni, la participation des femmes dans les mécanismes de médiation n’est pas seulement souhaitable : elle est stratégique. Il distingue plusieurs techniques de résolution pacifique notamment la médiation, où un tiers neutre facilite le dialogue ; la négociation, qui permet aux parties de trouver un compromis et tant d’autres.

« Les femmes adoptent souvent une approche inclusive et centrée sur la relation », explique-t-il. « Elles cherchent à préserver les liens sociaux, ce qui est fondamental dans des communautés interdépendantes. »

Selon lui, leur implication renforce la légitimité des processus de paix et favorise des solutions durables : « Exclure les femmes des espaces de décision affaiblit les efforts de cohésion sociale. »

Par leur capacité d’écoute, leur proximité avec les réalités familiales et leur engagement communautaire, les femmes désamorcent les tensions avant qu’elles ne dégénèrent. A travers des activités du programme RESET, il apparait aujourd’hui essentiel de renforcer leur rôle, de soutenir leurs initiatives et de leur garantir une place dans les instances locales de décision, afin de consolider la cohésion sociale et de bâtir une paix durable. Coracon mène une campagne chaque mois dénommée « Nguzo ya mabadiliko » dans le cadre du programme RESET. Dans le cadre de cette campagne, Coracon produit un magazine.  Ce magazine est relayé chaque semaine sur plusieurs radios locales : Radio Moto Beni (mardi à 20h50), Radio Télé Rwanzuru (jeudi à 5h30), Radio Muungano et Radio Télé Espoir (lundi à 18h50). Grâce à ce canal, les messages de paix, de cohésion sociale et de cohabitation pacifique atteignent directement les foyers et communautés locales.

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