Covid-19 complique le travail des journalistes

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Reagan MWANAWEKA, journaliste à radio Tayna, fait le montage des sons à diffuser dans le journal vespéral. Photo: CORACON

La maladie de la Covid-19 est un coup dur pour les journalistes à l’Est de la République démocratique du Congo (RD Congo).

A la Radio Tayna, une chaîne qui émet depuis la ville de Goma, les journalistes cherchent à s’adapter au travail en dépit de la crise sanitaire. Malgré la limitation de certaines libertés individuelles, les journalistes luttent pour couvrir des faits liés à la pandémie du coronavirus.

Déodatte BAHATI est une femme journaliste à la Radio Tayna. Elle est membre de l’équipe rédactionnelle du Desk Swahili. Son principal travail consiste à traduire les informations françaises en swahili. Le swahili est la langue parlée et écoutée par plus de 90% des auditrices et auditeurs de la Radio Tayna. Pour avoir les opinions de la communauté sur l’actualité, Déodatte BAHATI réalise habituellement des vox pop. Ça veut dire qu’elle rencontre les habitants pour leur poser des questions.

Depuis le 3 Avril 2020, le gouverneur de la province du Nord-Kivu, Charly NZANZU KASIVITA a annoncé des mesures pour limiter le mouvement de la population. Les mesures renforçaient l’interdiction de rassemblement de plus de 20 personnes ainsi que les voyages des personnes.

Réduire le nombre des journalistes

Pour se protéger, le directeur de la Radio Tayna, KAKULE VAGHENI Jacques interdit des formats journalistiques qui exposeraient les journalistes à la maladie de la Covid-19. La réalisation des vox pop ainsi que des interviews d’opinions ne se font plus comme avant.

Pour les journalistes, ce changement n’est pas facile. C’est le témoignage de Déodatte BAHATI : « Depuis l’annonce des mesures qui imposent la distanciation physique, je ne peux plus faire des interviews face à face avec mes interlocuteurs.

Dans le cadre de la prévention contre la Covid-19, les appels au téléphone ont presque remplacé des entretiens de bouche à l’oreille. Pour des raisons de sécurité sanitaire, je me souviens que certains de mes invités ne voulaient pas que je les rencontre à leur lieu de travail ou à leur domicile. D’autres intervenants choisissaient d’envoyer leurs opinions via WhatsApp », explique-t-elle.

En situation normale, une dizaine de journalistes travaillent chaque jour au sein de la rédaction de la Radio Tayna. Depuis l’annonce des mesures de distanciation sociale, le nombre de journalistes est réduit à 4 personnes par jour.

S’adapter aux nouvelles conditions du travail

« Pour observer la mesure de distanciation sociale, il a fallu que tout le monde s’adapte au travail dans une équipe réduite. Ce qui nous donne parfois beaucoup de tâches à réaliser seule », a-t-elle ajoutée.

Selon elle, les nouvelles directives de travail sont importantes pour protéger les journalistes. Chaque journaliste était libre de rester à la maison ou soit de venir travailler deux ou trois fois par semaine à la rédaction.

Pour le Rédacteur en Chef à la Radio Tayna, Jérémie KIHAMBU, la réduction du nombre de journalistes par jour a affecté négativement le programme de la Radio. Les efforts ne sont plus les mêmes. « Un seul journaliste se trouve avec beaucoup d’informations à traiter par jour. Cela augmente le niveau de stress au travail », déplore-t-il.

La distanciation sociale pendant l’interview

« L’ensemble des mesures barrières ont montré la gravité de cette pandémie du Coronavirus. C’est une maladie qui affecte tout le monde. Et les journalistes doivent être prudents pendant qu’ils couvrent l’actualité en cette période. Comme il n’y a pas de tiges pour tenir l’enregistreur à au moins un mètre de distance avec l’interlocuteur, nous essayons de réduire au maximum les terrains qui mettent le journaliste dans des situations à risque », explique ainsi Jérémie KIHAMBU.

Certaines émissions ne sont plus diffusées. C’est le cas des tables rondes ainsi que des émissions participatives où il fallait avoir plus de 4 invités. « En tant que radio communautaire, l’interdiction de faire des vox pop n’a pas permis à notre radio de donner la parole aux citoyens ordinaires », regrette-t-il.

Pour rappel, la province du Nord-Kivu comptait officiellement 54 personnes infectées du Coronavirus en date du 14 Juin 2020, la plupart des cas à Goma.

Le port de masque est devenu obligatoire, personne n’entre dans les installations de la Radio Tayna sans avoir un masque. D’ailleurs un seau-robinet est placé à l’entrée de la station de Tayna pour que les invités et tous les journalistes se lavent les mains.

Daniel Makasi, Journaliste Reporter

Radio Tayna, Goma/RDC