Coracon, chien de garde de la démocratie

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La journaliste Esther de Radio moto Butembo-Beni couvret les élections du 31 mars au centre de vote de l’école kambali. Photo : Benita Atosha.

Dimanche 31 mars 2019, c’était le jour des élections dans une partie de la République démocratique du Congo (RDC). Les citoyens des villes de Butembo et Beni ainsi que celles des territoires de Beni au Nord Kivu et de Yumbi dans la province du Maindombe étaient devant les urnes. Ils ont voté pour les députés des Assemblées nationale et provinciale.

Les journalistes des radios communautaires étaient en première ligne pour couvrir ce scrutin spécial. Normalement la population de cette région aurait dû voter le 31 décembre 2018 comme dans le reste du pays. Mais la commission électorale nationale indépendante (CENI) a exclu un million d’électeurs dans cette région. Sa justification : l’épidémie à Ebola et les attaques des milices. Beaucoup de gens ont jugé cette décision politique. La population au grand nord de la province du Nord Kivu était mécontente avec le pouvoir depuis lors.

Malgré cet antécédent, le résumé des journalistes est plutôt positif. Globalement, les scrutins se sont bien déroulés. Les journalistes estiment ce scrutin crédible.

Mais il y a eu certaines irrégularités. Quelques électeurs ont eu du mal à savoir dans quel bureau entrer pour voter. Ils ne savaient pas retrouver leurs noms sur des listes affichées à l’entrée des bureaux de vote. Les machines à voter ont posé quelques problèmes aux personnes du troisième âge, et on a constaté quelque dysfonctionnement technique. Mais en général, les   électeurs se sont bien retrouvés dans les opérations. Ils ont compris la procédure avec la machine à voter. Une opération  facile et rapide à utiliser selon nos interlocuteurs.

Le plus grand problème a été celui du faible taux de participation qui varierait entre 35 et 42% pour les  bureaux de vote visités. Une grande partie de la population a été déçue parce que le gouvernement avait reporté les élections. D’une manière générale, les élections se sont déroulées sans incident majeur. La police et les forces armées de la RDC ont sécurisé les sites de vote.

Les opinions des journalistes

Patrick Kalungwana, journaliste de Radio Moto Butembo-Beni, partage son observation : « Les électeurs étaient nombreux devant les bureaux de votes. Mais l’engouement allait décroissant au fur et à mesure que les heures passaient. Le lavage et la décontamination des mains étaient une garantie sanitaire pour épargner les électeurs de la maladie à virus Ebola ».

Les observateurs ainsi que les témoins de différents candidats ont eu accès aux différents bureaux de vote. Dans des bureaux où il n’y avait pas assez d’espace pour recevoir tout le monde, les témoins se remplaçaient toutes les trente minutes.

Le politologue Mbusa Kizito Gaucher, chef des travaux à l’université catholique du Graben à Butembo s’est dit satisfait du climat de sérénité : « Le climat d’apaisement est un peu exceptionnel. Pendant les deux semaines de campagne, il n’y a pas eu assez des violences comme ce fut le cas en fin 2018, même si des stigmates de certains actes des violences subsistent encore. Des effigies des certains candidats ont été décollés par les partisans des autres candidats ».

Maombi Mukomia, journaliste indépendant à Butembo a fait un constat général de la situation : « Les choses se sont bien passées et de manière transparente. Parce qu’en entrant dans le bureau de vote, les électeurs recevaient des explications de la part des agents de la commission électorale nationale indépendante. Dans mon bureau de vote par exemple, j’ai constaté une bonne représentativité des témoins et des observateurs, contrairement à ce que j’apprenais par la rue. J’ai apprécié parce qu’ils n’étaient pas agité. Aussi les électeurs qui ne maîtrisent pas la machine à voter ont reçu de soutient de la part des agents de la CENI.  Tout s’est bien passé comme prévu».

L’engagement de la population

Vosi Jospin, journaliste à la Radio Télévision du peuple Congolais à Butembo, tire aussi un résumé positif : « L’engouement a été au top, la population était tellement mobilisée. Les gens s’attendaient au vote. Les jeunes étaient mobilisé pour le vote ». Les partisans de certains candidats ont distribué des jetons de campagne dans certains centres. Il a cité par exemple le centre de vote de l’Ep Masoy au quartier Congo Ya sika en commune Vulamba.

« Les témoins et observateurs ont aisément accédé aux bureaux de vote sans problème », a constaté Georges Kisando, journaliste de la Radio la Voix de l’Université catholique du Graben. Même s’il a déploré la présence militaire et policière autour de certains centres pour des raisons de sécurité. « D’autres personnes ont continué de battre même campagne dans des bureaux de vote en distribuant des jetons portant des numéros de leurs candidats en violation des règles de jeu », a-t-il dit. Des effigies et banderoles de certains sont restés visibles toute la journée tout autour des certains centres de vote, dans des espaces publics ainsi que sur des grandes artères. C’est dans ce cadre que la police a interpelé certaines personnes. Elles étaient accusées de battre campagne dans certains centres ou bureaux de vote. Elles ont été relaxées un peu plus tard.

A Vulambo-Isale, hefferie de Bashu en territoire de Beni, Jerkas Mathe, journaliste de Radio Moto Butembo–Beni a constaté que la plupart des électeurs ne s’en sortaient pas facilement avec l’utilisation de la machine à voter. Ils n’ont pas été initiés avant. « Ces personnes incapables de voter se sont fait aider par les agents électoraux de la Ceni », a-t-il constaté. « Par exemple au centre de BULAMBO les électeurs ont répondu présent, mais la plupart n’ont pas retrouvé facilement leurs noms sur les listes de votant. Selon lui, à Kibwe en groupement Bunyuka certains politiciens auraient même tenté d’utiliser des fausses accréditations des observateurs dans le but de se créer des faux électeurs.

Par ailleurs à Beni, ville et territoire, certains centres ont été délocalisés pour des raisons sécuritaires. Siku Provinces, journaliste à la Radio Télévision Rwanzururu, commente : « Une décision de dernière minute prise par la centrale électorale. Bon nombre d’électeurs ont été déroutés par cette délocalisation. Ce sont des médias locaux qui ont relayé ce message dans des antennes spéciales-élections, espérant récupérer certains électeurs ». Il a aussi noté que les militaires et les policiers dans plusieurs centres de la ville et territoire de Beni ont sécurisé le scrutin.

Nicolas Kavota, journaliste à la Radio de Mabuku, groupement Baswagha–Madiwe en territoire de Beni a constaté autre chose : « Ce sont des miliciens maï-maï qui ont sécurisé le vote dans les villages de Kalunguta, Mabuku, Mambingi, Mundiba, Kyavisogho et Mambale en territoire de Beni. Avec peur pour certains et sans crainte pour d’autres, des citoyens de ces villages ont accepté d’aller aux urnes sous cette surveillance ».

A la proclamation des résultats provisoires intervenue le 09 Avril dernier, la plupart des réactions que nous avons recueillies parlent d’une « vérité des urnes » respectée cette fois. Autrement dit, la CENI est ici bien cotée contrairement à ce qui s’est passée dans le reste du pays pour le scrutin du 31 Décembre 2018. Néanmoins, quelques contentieux au sujet des candidats qui contestent les résultats ont été adressés pour examen aux instances judiciaires compétentes.

Philippe Makomera

Journaliste de Radio Moto Butembo-Beni

 

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