La surprise de ma vie

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Fiston et Daniel avec leurs amies de Ejo Youth Echo.
Photo: Shyaka Maurice

Découvrez les premières impressions du journaliste congolais Daniel Makasi à son arrivée à Kigali.

Le 1er octobre 2017, il est 8h. Je prépare mon cartable, ma carte d’électeur, mon stylo, mon bloc note. Je dois aller au Rwanda.

Pour la première fois, je dois arriver jusqu’à Kigali. Je ne sais pas parler Kinyarwanda. Et mon vocabulaire en anglais est pauvre. C’est le calvaire.

Avec Fiston Muhindo, mon confrère de la radio Tayna à Goma, je dois faire quatre heures de route pour Kigali. Là, nous faisons un stage à l’organisation des jeunes Ejo Youth Echo. Fiston Muhindo et moi, nous ne savons pas comment nous exprimer dans la langue des voisins.

« J’ai peur ».

Prêts pour le départ, la frousse de traverser la frontière commence à bouleverser mon cœur.

Il est déjà 11h. Nous devons traverser la grande barrière au sud-est de la ville de Goma. Dans mon esprit, certaines idées d’être arrêté, frappé ne faisaient que amplifier ma peur présumée à l’égard des rwandais.

Né dans les années nonante, je ne savais rien de beau du pays de mille collines à part le lait de vache. Depuis ma jeune enfance, j’entendais que des critiques farouches selon lesquelles les rwandais ont souvent fait semblant de sourire à leurs ennemis.

C’est tard, vers 17 heures lorsque nous arrivons à Kigali que mes préjugés commencent petit à petit à se volatiliser. Avec Fiston Muhindo, nous devons trouver les moyens d’arriver à l’hôtel où nous devons être logés.

Premier incident, nous perdons contact avec Betty Ndayisaba d’Ejo Youth Écho, notre hôte. Toujours bloqués à la gare centrale de Nyabugogo à Kigali, il nous faut trouver une solution pour quitter la gare avant que la nuit ne tombe.

Sans carte sim rwandaise, difficile de contacter Betty Ndayisaba. En poche, je restais encore avec quelques francs rwandais. Je demande à Fiston Muhindo si nous pouvons trouver quelqu’un qui parle swahili.

« Je suis devant un dilemme ».

Que c’est dur ! Tout le monde parle Kinyarwanda. Je suis cuit mon Dieu ! Que faire ?

Nous approchons un vendeur de crédits pour solliciter un service. Lui aussi ne comprend ni le français, ni le swahili. J’essaie de me débrouiller en anglais. Ça y est. Je demande un peu poliment en anglais : I need to join someone but I don’t have a local sim card. Could you please help me to join her, then I will pay you ?

Avec quelques tâtonnements, il sourit et nous tend son téléphone en disant 300 francs rwandais pour l’appel. Premier coup de fil, c’est raté. Je panique. Deuxième coup de fil, nous parvenons à joindre Doreen Ndahumba, une collègue de Ejo Youth Echo. Quelques temps après, nous terminons le contact.

Ce qui m’a fort étonné, c’est le comportement du vendeur de crédits. Non seulement il nous a aidé à joindre nos confrères du Rwanda, il nous a aussi facilité à trouver un taximan moto qui comprend et parle swahili.

Devant un monde inconnu, entouré des personnes que je croyais mauvais, il me fallait chercher une issue pour que je m’intègre sans me faire remarquer comme un étranger perdu.

« Ouf! elle est enfin là! »

C’est à environ trente minutes, que Betty Ndayisaba est parvenu à nous joindre au téléphone. Ce sont nos amies Doreen Ndahumba, Christella Uwicyeza ainsi que Esther Tidjani, tous de Kigali, qui venaient de l’alerter disant que nous étions bloqués à la gare.

Pendant que Betty Ndayisaba nous donnait l’adresse de l’hôtel, nous avions tendu le téléphone à un de taximen moto pour qu’il entende où il devait nous amener Fiston Muhindo et moi.

J’ai apprécié la façon dont ces taximen se sont souciés de nous tout en sachant que nous étions des congolais, c’est-à-dire des étrangers. J’ose croire que si tout se faisait dicter par la haine, nous ne pourrions pas arriver à notre destination.

Les rwandais se sont révélés beaucoup plus accueillant que je le pensais.

Épuisés, Fiston Muhindo et moi, nous atteignons l’hôtel où nous devons loger. Il est déjà 20 heures. Faut-il dormir ? Non. Je dois faire un tour dans la capitale Kigali. Vérifier si ce que je pensais des rwandais était vrai.

Un petit restaurant nous accueille. À l’intérieur, des taximen moto murmurent tout en consommant des crêpes aux haricots.

Dans ma curiosité, je dis à l’un des servants de me faire le même met. Que c’est délicieux les recettes du Rwanda ? Devant moi, un rwandais me demande comment je trouve cette recette. Je lui réponds en souriant : C’est cool.

Intérieurement, je me dis que c’est beau le Rwanda !

Il était 22 heures pendant que nous nous déplaçons encore dans les rues très mouvementées de Kigali.

La circulation routière était normale au point qu’on avait l’impression que les aiguilles de la montre n’avançaient pas. Si le voyage ne m’aurait pas épuisé, je devrais me balader dans la ville de Kigali jusqu’au petit matin.

A plusieurs occasions j’ai essayé de lancer le Hamakuru pour saluer les gens. Je craignais seulement qu’ils me répondent tout en me posant des questions en kinyarwanda. S’il faudrait que j’apprenne une nouvelle langue, ça sera sans doute le kinyarwanda ou l’anglais. Une de ces deux langues pourrait m’aider à me rapprocher du Rwanda.

Le lendemain matin, le 2 octobre, je me lève, prends ma douche et nous nous dirigeons au niveau de Ejo Youth Echo. Deux motos nous y mènent.

Après le conseil de rédaction et la prise de contact, nous voilà sur terrain. Si je savais le kinyarwanda, je ferais avec plaisir le vox pop moi-même. Aidé par Christella Uwicyeza, nous avons interrogé plusieurs jeunes et quelques parents à propos de l’utilisation de condom chez les jeunes.

Pendant notre descente sur terrain, à plusieurs reprises, Christella Uwicyeza a joué à l’interprète vu que je voulais nourrir toute ma curiosité longtemps brouillée par des préjugés.

Sans compter le nombre de fois que j’ai eu à m’exclamer de jubilation en contemplant la beauté des paysages rwandais, mon séjour au Rwanda a été un moment de pansement des blessures que je portais en moi vu les longues dates de haine que les préjugés venaient de bâtir dans mon esprit.

Aujourd’hui, je comprends que le Rwanda n’était pas ce pays de la haine que je croyais.

Daniel Makasi Mahamba, Radio Tayna, Goma

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